Les textes d'octobre

Les textes d'octobre

Quand la bise se prend un vent... (Emmerin, 2018)

     Si l'on en croit les on-dit que colporte plus d'un magazine de notre presse à sensation, la bise n'aurait décidément plus la cote au sein de nos entreprises ! D'abord, fût-ce à tort, elle est censée éparpiller façon puzzle des virus (trachéite, laryngite bronchiolite, etc.) qui n'en demandaient pas tant. Ensuite, dans cette ère du soupçon que nous n'avons pas fini de traverser, un inoffensif bécot a tôt fait de devenir une pelle en bonne et due forme, plainte pour agression sexuelle en sus ! Surtout, par ces temps de contestation tous azimuts, ladite bise est synonyme de discrimination : seule la gent féminine, jusqu'aujourd'hui, s'y est vu astreindre. Dussent-ils par là même passer pour mal léchés, les collègues mâles s'en sont toujours tenus, entre eux, au classique serrement de main, jugeant toute autre effusion malséante, voire inappropriée à leur orgueilleux statut.

     Quoi qu'il arrive, les bisous resteront de mise à Emmerin, en tout cas pour celles et ceux qui, incessamment, monteront sur le podium. Avec la langue, française s'entend, c'est tout autre chose !

L'Automne

     Connaissez-vous l'automne, l'automne en plein champs, avec ses bourrasques, ses longs soupirs, ses feuilles jaunies qui tourbillonnent au loin, ses sentiers détrempés, ses beaux couchers de soleil, pâles comme le sourire d'un malade, ses flaques d'eau dans les chemins...

     Connaissez-vous tout cela ?

     Si vous avez vu toutes ces choses, vous n'y êtes certes pas resté indifférent. On les déteste ou on les aime follement. Je suis au nombre de ceux qui les aiment, et de donnerais deux étés pour un automne. J"adore les grandes flambées; j'aime me réfugier dans le fond de la cheminée, ayant mon chien entre mes guêtres humides. J'aime à regarder les hautes flammes qui lèchent la vieille ferraille aux dents pointues et illuminent les noires profondeurs. On entend le vent siffler dans la grange, la grande porte craquer, le chien tirer sur sa chaîne en hurlant, et malgré le bruit de la forêt qui tout près de là rugit en courbant le dos, on distingue les croassements lugubres d'une bande de corbeaux qui luttent contre la tempête. La pluie bat les petites vitres; on songe à ceux qui sont dehors en allongeant ses jambes vers le feu.

     Oui, j'aime beaucoup l'automne..., non pas seulement à cause du plaisir qu'il y a à se retrouver ensemble autour d'un grand beau feu, mais aussi à cause des bourrasques elles-mêmes, du vent et des feuilles mortes. Il y a un charme à affronter tout cela.

Gustave Droz

La rue piétonne, c'est le pied ! (Hazebrouk, 2016)

Qu'en ce jour voué à la musique vous ayez choisi d'affronter les écueils de la langue française est tout à votre honneur. Mais des éventuels fausses notes et couacs que vous pourriez commettre pour l'occasion, ne faites surtout pas un fromage : en l'occurence, il ne saurait valoir ceux - neuchâtel, maroilles ou vieux-lille - que propose le taulier du magasin d'à côté, une crème de commerçant.

N'allez pas davantage vous alourdir de dictionnaires ou de tableaux de conjugaison, l'affriolante Maison de la presse en regorge presque autant que de magazines ! Que vous éprouviez enfin le besoin de vous rasséréner après une correction où les déconvenues ne se seront pas fait attendre, le troquet quasi contigu vous pourvoira de tout ce qu'il faut pour oublier : le quatrième roi ne sera pas votre cousin et vous pourrez alors, votre tranquillité d'esprit recouvrée, vous mettre au diapason des accordéonistes, percussionnistes et autres joyeux drilles qui se baladent bruyamment dans les rues avoisinantes. Les giboulées du printemps sont mortes, vive la drache estivale !